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Ecoute! Vas vers qui tu es

« Ceux qui s’étaient accroupis autour du conteur ne sont plus ceux qui, l’histoire terminée, se lèvent et s’éloignent.

Le conte ne dépose jamais ceux qui l’écoutent à l’endroit où il les a pris - mais plus haut et plus loin. Ce n’est plus le même air qui remplit leur poumons, ni le même rythme que leur valeur cadence. Ils ont traversé tant d’épreuves, tant d’exaltations, tant d’angoisse et tant d’émotions douces que toutes les cheminées dans leurs cours sont ramonées, tous les conduits, débouchés; dans les serrures huilées chantent les clefs, les portes s’entrebâillent, la vie circule.

Ils ont hâtent de retrouver leur femmes, de rejoindre leurs amis, de se mesure à leurs ennemis, de soutenir l’acrimonie de leurs maitres, d’affronter leurs crainte, de mesurer à neuf leurs espoirs - ou, si la nuit est tombée, de revoir les étoiles au-dessus de leur tête.

Ils sont neufs.

Tout comme est neuf le linge frappé par le vigoureux battoir des laveuses, tordu, essoré, séché et lissé, pour finir, sous la cuisante allée-venue des fers à repasser. »

Christiane Singer, Les âges de la vie, p.84-85

Illustration : Détail d'une illustration de l'Oiseau de Feu par Bilibine